jeudi 19 avril 2012

Drame de Stains : les premières répercussions?

Photo de Matthieu Rondell
illustrant l'article de Stéphanie Le Bars:
"Evangéliques : la difficile quête de lieux de culte"
(Le Monde, 18.04.2012)
 
La tragédie qui a coûté la vie à une fillette ainsi qu'à une mère de famille et fait de nombreux blessés le 8 avril dernier à Stains a suscité, à juste titre, énormément de réactions de la part des protestants français, évangéliques ou non, entre compassion, soutien "fraternel", solidarité et réflexions de fond ; mais elle a aussi donné naissance à quelques polémiques (sur le communiqué du CNEF suite à la tragédie, par exemple, voir ici, sur le site www.blogdei.com). De façon générale, si quelques erreurs et approximations ont pu être lues  ou entendues à l'occasion dans les médias "classiques" qui ont abondamment couvert le drame (certains journalistes découvrant manifestement le protestantisme évangélique, notamment son expression au sein d'Eglises majoritairement fréquentées par des migrants), la situation de ces Eglises en France n'a, dans l'ensemble, pas été trop inexactement présentée. On recommandera notamment l'article de Stéphanie le Bars (journaliste, qui, dès 2007, avait déjà signé un papier sur le sujet), paru hier, 18 avril, dans Le Monde sous le titre "Evangéliques : la difficile quête de lieux de culte". S'y expriment, entre autres, Marianne Guéroult, pasteur de l'Eglise Luthérienne chargée de mission du projet Mosaïc* au sein de la Fédération Protestante de France, qui dénonce "les marchands de culte, qui louent une salle, même pas aux normes, 300 euros les deux heures", et Daniel Liechti, vice-président du Conseil National des Evangéliques de France (CNEF). En fin de texte, une phrase fait écho à la préoccupation exprimée dans ma note précédente concernant la stigmatisation de ces communautés de fidèles et d'éventuelles fermetures "autoritaires" de locaux inadaptés de la part des pouvoirs publics : "Depuis le drame de Stains, les communautés redoutent davantage de contrôle sur la sécurité ; certaines craignent de se retrouver à la rue". Un article du Parisien, paru le même jour ("Colombes : l'église évangélique insalubre est jugée hors la loi"), n'est effectivement pas de nature à apaiser ces craintes...

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* Comme le signale la page de présentation sur le site de la FPF, "Mosaïc est un projet de la Fédération Protestante de France (FPF), en partenariat avec le Service protestant de mission (DEFAP) et la communauté d'Eglises en mission (CEVAA) (...) créé en 2006 pour favoriser la rencontre et la collaboration des chrétiens protestants de diverses cultures et origines". 

lundi 16 avril 2012

Chyc Polhit Mamfoumbi : conteur africain et chrétien évangélique

Chyc Polhit Mamfoubi (photo : spectable.com)
Ces derniers jours ont été pour moi l'occasion d'une belle découverte par le biais d'Internet. En effet, une note sur le blog de Sébastien Fath consacrée à un débat autour de l' "art chrétien" (évangélique) a attiré mon attention sur un artiste à la personnalité assez remarquable si j'en juge par ce que j'ai pu lire et entendre de lui ici ou là. Comme quoi, on peut être tout à la fois (pour ceux qui en auraient douté) conteur africain, revendiquant une identité "intimement liée à cette fonction de conteur qui consiste à prolonger l’existence (des) morts [les ancêtres] dans nos vies bien artificielles" (voir ici sur son MySpace) et chrétien protestant évangélique ; artiste talentueux, maniant brillamment l'humour et la fantaisie et citoyen engagé réfléchissant sur le monde et l'actualité (à écouter ici, par exemple, sur la radio chrétienne PhareFM, interrogé par le journaliste Paul Ohlott, du site www.actu-chretienne.net) ; mais aussi Gabonais et Lorrain (Chyc Polhit Mamfoumbi est installé depuis de nombreuses années dans cette région qui m'est chère : près de Nancy, semble-t-il, et non de ma belle ville de Metz, mais bon, personne n'est parfait), etc, etc. L'artiste est à lui seul (mais il est loin d'être le seul) un antidote aux clichés encore trop souvent colportés dans les médias sur les évangéliques, mais aussi un pied de nez à certains discours contempteurs du pluralisme culturel et de ses richesses (discours qui peuvent aller jusqu'à l'extrémisme haineux, voire jusqu'à la violence radicale comme dans le cas du tueur norvégien Anders Behring Breivik dont le procès s'est ouvert aujourd'hui).

Pour mieux connaître Chyc Polhit Mamfoumbi et son univers, on peut aller sur son très joli site : www.conteurafricain.fr




Chyc Polhit en Interview au Bioscope

mardi 10 avril 2012

Lieux de cultes évangéliques inadaptés ou insalubres : un problème à prendre en compte d'urgence

Locaux artisanaux à la périphérie de Rennes abritant des Eglises majoritairement africaines
(kimbanguiste et évangéliques), hiver 2010 - Photos : 
©  B. Boutter
 Une brève note pour m'associer à la douleur des proches des victimes du drame de Stains survenu dimanche 08 avril dernier lors du culte pascal d'une Eglise évangélique fréquentée principalement par des fidèles haïtiens. L'effondrement du plancher du local situé au premier étage d'un pavillon de cette commune de Seine-Saint-Denis où se trouvaient alors, semble-t-il, environ cent cinquante personnes a entraîné la mort d'une petite fille (NB : ainsi que celle d'une femme de 47 ans ayant succombé à ses blessures deux jours plus tard) et fait plusieurs dizaines de blessés, dont certains grièvement.

Comme le soulignent la plupart des commentaires journalistiques, cet évènement met en lumière - de façon tragique, malheureusement - la grande difficulté qu'ont certaines communautés évangéliques, notamment celles issues de l"immigration africaine et caribéenne, à trouver, dans les grandes villes de France, des lieux de culte décents susceptibles d'abriter une assistance souvent en croissance rapide. Exemple type de cet "évangélisme des caves" (pour reprendre l'expression usitée par Sébastien Fath sur son blog) : j'ai assisté début 2010 au culte dominical d'une Eglise majoritairement africaine sur l'agglomération nantaise dont les quelques deux cents fidèles avaient dû quitter un endroit devenu vraiment trop petit pour se réunir finalement, en plein hiver, dans des bureaux en location. Ces locaux exigus constituaient le seul espace chauffé et éclairé au sein d'un immense entrepôt sinistre et glacial d'un quartier périphérique (la disposition des lieux obligeant de plus le pasteur à officier près de l'entrée vers laquelle convergeaient les regards des deux moitiés de l'assistance séparées par un mur central)... Alors, plutôt que de pointer du doigt ces Eglises ou de fermer d'éventuels lieux de culte ne répondant pas aux normes de sécurité (au risque de pousser certaines communautés vers une précarité encore plus grande), il y a urgence, du côté des municipalités, à trouver des solutions à ce problème pour éviter que d'autres drames comme celui de Stains ne se produisent ici ou là.

Addendum du 11/04/2012 : pour une analyse approfondie sur cette difficile question, je ne saurais trop conseiller la note publiée par le géographe Fréderic Dejean, auteur d'une thèse remarquable consacrée à ces Eglises dans la région parisienne et à Montréal (déjà signalée sur ce blog).

dimanche 1 avril 2012

"Kony 2012" : l'analyse de Pressenza (International Press Agency)

 Pour ceux qui n'en auraient pas encore entendu parler, une vidéo incitant à la capture de Joseph Kony*, un chef rebelle ougandais visé par un mandat d'arrêt de la Cour pénale Internationale pour "crimes de guerre" et "crimes contre l'Humanité", a été à l'origine d'un énorme "buzz" récemment sur Internet. Cette vidéo "virale", réalisée par une ONG américaine, Invisible Children, a été visionnée par plus de 100 millions d'Internautes à travers le monde en à peine trois semaines. Rapidement cependant, des critiques plus ou moins virulentes ont été adressées à l'ONG en question et à son principal responsable, Jason Russell, quant au contenu de la vidéo, aux méthodes employées ou aux éventuelles motivations sous-jacentes. L'article dont je poste le lien ci-dessous est paru le 21 mars dernier sur Pressenza, site en ligne d'une agence de presse internationale cherchant à promouvoir la paix et la non-violence (site que j'ai découvert à cette occasion), sous la plume de Davide Schmid. Intitulé "Kony 2012 : un masque révolutionnaire pour un contenu réactionnaire", il présente l'intérêt d'aborder la question en soulignant l'appartenance d'Invisible Children à la mouvance protestante évangélique, ce qui n'est peut-être pas sans implication, selon l'auteur de l'article, quant à l'action de cette ONG dans le cadre de la diffusion de cette vidéo :

http://www.pressenza.com/npermalink/kony-2012x-un-masque-revolutionnaire-pour-un-contenu-reactionnaire

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* Joseph Kony, prophète autoproclamé, est, depuis la fin des années 1980, à la tête d'un mouvement armé se revendiquant du christianisme : l'Armée de Résistance du Seigneur (Lord's Resistance Army - LRA). Prenant le relais du "mouvement du Saint-Esprit" d'Alice Auma (plus connue sous le nom d'Alice Lakwena) dans sa lutte contre le gouvernement ougandais, après que la prophétesse acholie eut été contrainte de fuir, en 1987, au Kenya, la LRA de Joseph Kony, dont le but était d'instaurer une théocratie en Ouganda, s'aliéna très vite tout soutien populaire par ses terribles exactions : viols, rapines, meutres, mutilations et autres atrocités. Joseph Kony et la LRA sont aussi responsables de l'enlèvement de milliers de jeunes Ougandais : les garçons destinés à devenir des enfants soldats et les jeunes filles, des esclaves sexuelles (à ce propos, voir par exemple ici).